17 ans d’association. Deux ans de conflit. Quand ils m’ont appelé, ils cherchaient encore comment rester ensemble. Ce n’était plus la bonne question.
L’entreprise fonctionnait. Eux, de moins en moins.
Depuis deux ans, ils avaient essayé ce que l’on conseille généralement dans ce genre de situation : Mieux communiquer. Clarifier les rôles. Faire des compromis.
« Retrouver » ce qui avait fonctionné pendant toutes ces années.
Rien ne réglait durablement le problème.
Quand j’ai commencé à travailler avec eux, je n’ai donc pas cherché une nouvelle méthode pour améliorer leur communication.
J’ai changé la question.
Ils cherchaient encore : « Comment pouvons-nous continuer ensemble ? »
Je leur ai proposé d’en examiner une autre : « Si vous ne vous connaissiez pas depuis 17 ans, décideriez-vous aujourd’hui de vous associer ? »
C’est là que le problème a changé de nature. Leur histoire commune était devenue une raison de poursuivre leur association. Même si cette association n’était peut-être plus la meilleure décision pour leur avenir.
Nous avons alors cessé de travailler sur la réparation de la relation. J’ai déplacé l’analyse vers l’architecture de leur association : Qui détenait quoi ? Qui dépendait de qui ? Que fallait-il protéger ? Que se passerait-il si l’un partait ?
Quels scénarios permettraient de sortir du conflit sans fragiliser l’entreprise ?
Et une option jusque-là presque impensable est devenue possible : organiser la sortie de l’un des associés avec l’intervention d’un tiers.
Le problème n’a donc pas été résolu en les aidant à mieux rester ensemble.
Il l’a été en leur permettant d’envisager qu’ils pouvaient ne plus l’être.
C’est une mécanique que je retrouve régulièrement chez les dirigeants.
On continue parfois une association, un recrutement, une organisation ou une stratégie non parce qu’elle reste pertinente… mais parce qu’on a déjà beaucoup investi pour qu’elle fonctionne.
L’histoire commune a de la valeur. Mais elle ne constitue pas une obligation d’avenir.
Avant de consacrer encore six mois à réparer une association qui se dégrade, posez-vous cette question : « Si nous devions décider aujourd’hui, avec ce que nous savons maintenant, choisirions-nous encore de nous associer ? »
Parfois, résoudre un conflit ne consiste pas à trouver comment continuer ensemble.
Il consiste à trouver comment ne plus l’être sans détruire ce que l’on a construit.
La question à vous poser : à partir de quand faut-il cesser de réparer une collaboration et commencer à envisager la séparation ?
Association : sécuriser la décision de continuer ou de se séparer
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